Je ne suis personne.
Personne de connue, de reconnue ou d’exceptionnelle.
Je ne suis personne. Personne de connue, de reconnue ou d’exceptionnelle. Je me nomme souvent bien ordinaire quand je me présente. Personne, donc, avec la carrure, le leadership pimpant et la légitimité nécessaire pour proposer des réflexions, des cocréations, initier des dialogues et inviter à se rassembler pour vivre de plus larges solidarités. Et pourtant, quelque part en moi, des idées, des élans et des initiatives continuent de se dessiner. Parfois, elles me rattrapent, elles hurlent fort. Certaines font “toc toc” si fort et si longtemps que je ne peux plus les ignorer et les laisser au stade d’idée. C’est le cas du Chantier.
Table des matières
Réflexions sur la légitimité de créer.
Déploiement des initiatives et résonance
Appel à soutien, contribution et mise en relation
Quelques réflexions pour vous.
Mes lectures et écoutes marquantes des dernières semaines
Mais je ne peux m’empêcher de me demander.
Qui suis‑je pour parler de solidarités, pour offrir de les pratiquer et de les regarder en face, dans tout ce qu’elles ont de beau mais aussi de peu reluisant et d’inconfortable? Qui suis-je pour proposer un espace qui mêle l’intime et le collectif ? Qui suis-je et qui ne suis-je pas?
Le sentiment d’imposture me gagne alors. Certain(e)s sont sans doute plus experiment(é)e, plus solides et moins sensibles pour porter cela avec assurance. Et que vais-je faire de ma haute sensibilité dans tout ça? Va t’elle à nouveau se confronter à la cruauté du réel ou au contraire, me permettra t’elle de plonger dans la beauté de liens profonds?
Et malgré tous ces questionnements sous-jacents, vous êtes de plus en plus nombreuses et nombreux à répondre à l’appel du Chantier et des volets qui entament leurs déploiements, des petits pas à la fois. Un besoin fort se fait sentir, se nomme, et se nourrit de cette proposition humble et fragile, née plus de curiosité, d’élan de contribution que de certitude. Vous participez au moment mais plus encore, vous demandez aussi à contribuer, à y prendre part. Et ça c’est beau, parce que ça en fait un peu, une sorte de “commun imparfait”.
Je ne suis personne. Et l’élan est plus grand que ma peur, que mon sentiment d’imposture et que tant d’autres choses. Et c’est peut‑être suffisant pour simplement offrir des espaces où des voix se croisent, où l’on peut se reconnaître, partager, et se sentir moins seul(e) et moins enfermés dans chambres d’écho. J’avais promis d’être honnête sur le processus intérieur et extérieur du Chantier alors nous y voici. Ces mots en font partie. Et j’espère qu’ils valideront quelque chose en vous, si vous aussi, vous vous sentez parfois n’être “personne d’assez…”
Depuis quelques semaines, tout s’accélère et en même temps, tout s’approfondit.
Il y a eu le cercle des élans de Longueuil, puis celui de Montréal. Deux moments d’une intensité humaine assez bouleversante pour moi. Et cette semaine encore, je vis d’autres beaux rendez-vous parfaitement reliés à mes explorations : un Lunch & Learn avec le magazine Infuse, autour des thèmes de l’isolement, de nos solitudes et solidarités. L’ouverture était belle et touchante.
Puis une expérience à la Journée des savoirs ouverts au travers laquelle je propose de mettre à découvert nos solidarités et les tensions qui viennent avec. Une semaine tout en échanges, en apprentissages, et en émotions vives.
Et dans tout ça, je continue, avec mon talent fulgurant ahahah, à documenter le Chantier sur les pratiques solidarités élargies : pour montrer la réalité des micro-ouverts telle qu’elle s’est vécue : les élans, les beautés, mais aussi les limites, les peines et les défis. Parce que créer des espaces où l’on peut se rencontrer autrement, où l’on apprend à être ensemble sans s’effacer, ça bouleverse. Et ça transforme. Vous avez été des dizaines à me nommer que même sans y avoir été, la mémoire sonore du Cercle de Longueuil vous a touchée.
Une nouvelle mémoire sonore s’est d’ailleurs déposé sur le Balado pour vous permettre d’entrer en résonance avec le Cercle des élans vécus à Montréal.
Pour que le Chantier puisse durer, on a besoin de vous, aussi.
Avec le noyau “coeur” du Collectif qui le porte, on a décidé de commencer avec ce qui est là, avec un engagement sincère et énormément de temps dédié, sans aucune rétribution financière. On sent bien que c’est maintenant qu’il est urgent de recréer du sens et du lien, une solidarité élargie et radicale.
Le Collectif autour s’élargit et la cocréation se poursuit. Des initiatives se déploient. Et déjà, on ressent à quel point cette démarche touche juste.
Mais pour qu’elle puisse vivre sur un temps long, s’enraciner, et ne pas s’épuiser, il faut aussi nommer ce qui soutient concrètement toute œuvre vivante : du temps, de l’engagement, et oui, aussi un soutien financier.
Ça me confronte de demander ça, mais je lance tout de même ici un appel à soutien, sous toutes ses formes (avec une priorité nommée ouvertement sur le volet financier)
Financier, pour assurer la continuité et le développement du Chantier sur la durée sans se sentir pris à la gorge ;
Humain, par du conseil, du soutien logistique, de la coordination, de la capture photo/vidéo, du montage, de la facilitation graphique ou que sais-je d’autre ;
Matériel, par la mise à disposition de lieux, d’équipements, ou de repas pour les événements et les cercles.
Nous cherchons par dessus tout à tisser des alliances durables qui s’entre-nourrissent :
Avec des fondations, organismes et programmes de financement sensibles à la mission et la vision plus large du Chantier.
Avec des entreprises, personnes et collectifs souhaitant devenir partenaires, commanditer les évènements de reliance, de dialogue et de pratique ou mandater quelqu’un de leur équipe en support ;
Avec des chercheur(se)s, praticien(e)s, artistes et citoyen(e)s prêts à partager leurs perspectives et nourrir mutuellement la réflexion.
Ce Chantier aura besoin de voix et de soutiens pluriels, qui nous sorte du même fait, de nos cercles fermés. Si vous ressentez, vous aussi, l’élan de contribuer à cette démarche, par un appui humain, financier, par une mise en relation ou une idée, écrivez-moi à sofia@soetco.ca , parlez de moi quelque part ou ça peut résonner, partagez cette infolettre pour que sa portée s’élargisse.
Quelques réflexions pour moi et pour vous :
Comment porter un projet authentique, créatif et collectif, quand on n’est “personne” aux yeux du monde, sans se perdre dans la logique de la sur-valorisation et du bruit ?
Peut-on générer de l’impact sans hurluber l’attention sur soi, mais en laissant parler les idées, les liens et le collectif ?
Quelle transformation intérieure le projet qu’on veut entamer nous demande-t-il ?
Comment équilibrer le don de soi et la lucidité des limites (du temps, de l’argent, de l’énergie) ?
Les lectures et écoutes qui m’ont marquées
Tu viens d’où. Réflexions sur le métissage et les frontières de Maika Sondarjee.
Dix jours, de Marie Laberge
Raconte-moi un commun - L’épisode avec Joêl de Projet Collectif
On se livre - L’épisode avec Simon Paré Poupart (qui a écrit Ordures que je vous recommandais l’autre fois) et dans un autre registre, celui avec Nathalie Plaat, qui est touchant à souhait.
J’en aurai plein d’autres mais je me calme pour cette fois.
À bientôt :)

