Le ghosting...
Le phénomène du ghosting, ça vous dit quelque chose?
Dans la dernière année, certaines connaissances ou même plus, avec qui j'avais eu des discussions profondes et un lien spécial se sont transformés en épisodes répétés de "ghosting", créant la plus grand incompréhension en moi et un grand sentiment de solitude.
Encore ma trop grande sensibilité, me dira, t'on?
Et si c'était plus que ça?
On parle des peines d'amour mais parle t'on des peines liées à la perte d'amitiés entrepreneuriales ou personnelles, au deuil de ces rencontres profondes, de ces discussions significatives, qui se sont soudainement éclipsées, sans raison ni préavis déclarés?
Le silence de l'autre, qu'il résulte d'une amitié de longue date, de relations clients, ou de moments partagés significatifs, au travail ou dans la vie personnelle, est tout aussi déstabilisant. En tous cas, ça l'est pour moi.
Je ne sais pas exactement ce qui m'amène à briser le tabou et ouvrir le dialogue aujourd'hui, mais chose certaine, pour avoir eu des échos de toutes sortes dans la communauté entrepreneuriale, je ne pense pas être la seule à l'avoir vécu ou le vivre. Alors, bon, tant qu'à que ce soit une lettre du coeur, autant y aller avec le coeur pour de vrai. Ce qui m'est si intime et peut-être plus universel qu'on ne le pense.
Je trouve difficile de naviguer dans cette nouvelle réalité sociale, où les silences deviennent plus assourdissants que les mots non-dits.
Des "disparitions" soudaines qui créent des plaies invisibles laissées par des liens qui se sont volatilisés sans avertissement et dont on n'a pas eu le temps, le droit d'en saisir le pourquoi.
Je ne sais pas vous mais quoi qu'il arrive dans la vie ou dans mon univers entrepreneurial, j'ai besoin de comprendre le pourquoi quelque chose se passe (ou pas), pourquoi je fais ce que je fais, pourquoi je pense ce que je pense, pourquoi un client ressent ce qu'il ressent, pourquoi un élan d'équipe s'effrite soudainement, pourquoi… pourquoi et encore pourquoi. Ce besoin fondamental en moi d'aller aux racines des choses.
On peut se demander, dans l'inconfort de l'isolement, ce qui a bien pu provoquer cette rupture de communication, cette mise en veilleuse brutale de ce qui fut autrefois une connexion précieuse.
Est-ce que cela vient de moi? Suis-je trop intense, investie? Ne suis-je pas assez ceci ou cela? Un petit exemple des questions incessantes de mon discours interne par moments.
Bien au delà de mon simple cas personnel, ça semble devenir un enjeu systémique.
La société moderne, malgré ses avancées technologiques, semble parfois avoir oublié l'essence même de l'humanité : la connexion, le lien, la communauté. Alors que nous sommes plus connectés que jamais à travers les réseaux sociaux et les plateformes numériques, le véritable tissu social semble se déchirer. Les raisons de ce phénomène sont probablement multiples et plus complexes que ma propre compréhension : défis personnels ou professionnels, surcharge d'informations, manque de temps, culture de l'instantanéité…
Au sein de la communauté entrepreneuriale, je ressens par exemple que la pression constante pour réussir (d'un point de vue extérieur) peut souvent créer un environnement où les relations humaines sont sacrifiées au profit de la productivité, de l'innovation avant l'autre, de cette compétition nommée ou non, que nous menons face à l'autre.
L'individualisme croissant, dans nos sociétés, contamine chaque sphère de nos vies et finit par prévaloir sur le lien, la collaboration, et le "ghosting" semble être devenu un moyen de se dérober des responsabilités émotionnelles et de la peur, peut-être aussi, de nommer les "vraies affaires". Un individualisme qui oublie de considérer que “ne pas savoir” est souvent bien plus drainant en énergie, que de “savoir ce qui se passe”.
Bien qu'il soit humain que ça vienne toucher l'intime de perception personnelle ou professionnelle, je crois qu'il est crucial de se rappeler (et je me le fais à moi même aussi ce rappel là) que ce silence soudain, n'est pas un reflet de notre valeur personnelle ou personnelle. C'est peut-être plutôt un signal maladroit d'une situation difficile que l'autre personne vit, d'un miroir déformé de la société moderne, aussi, d'un enjeu systémique de plus, qui nous dépasse.
Je sais comme vous êtes beaucoup de sensibles à me lire. Il est alors essentiel pour moi qu'on se rappelle que notre sensibilité et notre investissement émotionnel ne sont pas des faiblesses, mais des forces qui enrichissent les relations, celles qui seront justes pour nous. La société peut parfois sembler insensible, mais la quête de véritables connexions reste un besoin fondamental de l'âme humaine et je crois, que ce besoin finira par rejaillir en nous, dans nos vies, mais aussi, dans nos élans entrepreneuriaux. Parce qu'ensemble, dans un dialogue courageux, nous avons réellement cette possibilité de changer l'histoire qu'on se raconte depuis trop longtemps.
Alors un petit appel ici et un rappel de prendre soin (avec compassion pour nous-même et pour les autres) de réfléchir sur nos propres interactions, de cultiver l'empathie et à raviver la flamme des véritables liens humains, qui comptent pour nous et à peut-être ouvertement et dans le dialogue, choisir d'éteindre ceux, qui ne comptent plus.
Peut-être, alors, au travers cette prise de conscience collective, pourrons-nous transformer le ce silence inconfortable, en une opportunité de redéfinir et de renforcer les liens qui rendent nos vies significatives?

